Les options en bourse expliquées simplement
Une option, dans son principe, c'est un contrat qui donne un droit, pas une obligation. C'est tout. Le reste — calls, puts, primes, échéances — n'est que de la nomenclature autour de cette idée centrale. Cet article explique la mécanique sans formules, avec des analogies concrètes.
L'analogie de l'arrhes immobilières
Imaginez que vous voulez acheter un appartement à 300 000 €. Vous n'êtes pas encore certain de pouvoir conclure : votre prêt n'est pas signé, votre situation professionnelle peut bouger. Vous proposez au vendeur 5 000 € d'arrhes pour réserver le bien à ce prix pendant trois mois. S'il accepte :
- Pendant trois mois, le bien vous est réservé à 300 000 €.
- Si vous décidez d'acheter, vous payez 300 000 € — peu importe que la valeur du bien ait grimpé entre-temps.
- Si vous décidez de ne pas acheter, vous perdez les 5 000 €. Mais vous n'achetez pas.
Vous venez d'acheter une option d'achat sur cet appartement. Les 5 000 € sont la prime. Les 300 000 € sont le prix d'exercice (ou strike). Les trois mois sont l'échéance. L'appartement est le sous-jacent.
Cette même mécanique s'applique aux options sur actions. Sauf qu'au lieu d'un appartement, le sous-jacent est typiquement 100 actions d'une société cotée.
Deux familles : calls et puts
Il existe exactement deux types d'options. Pas dix, pas vingt. Deux.
Le call (option d'achat)
Un call donne le droit d'acheter un actif à un prix fixé d'avance. C'est l'analogue exact des arrhes immobilières.
Exemple. L'action Apple cote 200 $. Vous achetez un call avec un strike à 210 $, échéance dans 30 jours, pour une prime de 3 $ par action (donc 300 $ pour un contrat standard de 100 actions). Trois scénarios :
- Apple monte à 230 $ : vous exercez votre droit. Vous achetez à 210 $ ce qui en vaut 230 $. Vous gagnez 20 $ par action, moins les 3 $ de prime, soit 17 $ × 100 = 1 700 $.
- Apple stagne à 200 $ : vous n'exercez pas. Vous perdez la prime, soit 300 $.
- Apple chute à 180 $ : vous n'exercez pas. Même perte : 300 $. Et c'est tout. Votre perte est plafonnée à la prime.
Le put (option de vente)
Un put fait l'inverse : il donne le droit de vendre un actif à un prix fixé d'avance. C'est essentiellement une assurance contre la baisse.
Exemple. Vous détenez 100 actions Apple à 200 $, et vous voulez vous protéger d'une baisse pour les 30 prochains jours. Vous achetez un put avec strike 190 $, prime 2 $. Trois scénarios :
- Apple monte à 230 $ : vous n'exercez pas. Vous perdez la prime de 200 $. Mais vos actions valent 30 $ de plus, soit 3 000 $ supplémentaires sur la position.
- Apple stagne à 200 $ : vous n'exercez pas. Perte de 200 $.
- Apple chute à 170 $ : vous exercez votre put. Vous vendez à 190 $ ce qui en vaut 170 $. Vous limitez votre perte sur l'action à 10 $ par action plus la prime de 2 $, soit 12 $ × 100 = 1 200 $ — alors que sans le put, vous auriez perdu 30 $ × 100 = 3 000 $.
Acheter ou vendre : deux postures opposées
Voici le point que tout le monde rate au début. Une option peut être achetée ou vendue. Ce sont deux activités totalement différentes.
- Acheter une option = payer une prime aujourd'hui pour obtenir un droit. La perte maximale est la prime. Le gain potentiel est élevé.
- Vendre une option = encaisser une prime aujourd'hui en s'engageant à honorer la transaction si l'acheteur exerce. Le gain maximal est la prime. La perte potentielle est plus large.
Quand vous lisez « 90 % des options expirent sans valeur » — ce qui est statistiquement faux, mais souvent répété — la lecture intéressante est : « la majorité des acheteurs perdent leur prime, donc la majorité des vendeurs encaissent leur prime ».
C'est exactement ce qui sous-tend la stratégie d'encaissement de prime que nous enseignons : prendre la position du vendeur (la position structurellement favorable, mais bornée), et encadrer rigoureusement les conditions de vente.
Les variables qui font le prix d'une option
Cinq facteurs déterminent la prime d'une option. Sans entrer dans les formules, voici leur effet :
- Le prix du sous-jacent : plus l'action est proche du strike (du « bon côté »), plus l'option a de la valeur.
- Le strike : plus le strike est proche du cours actuel, plus l'option vaut cher (à la monnaie). Plus il est éloigné, moins elle vaut (en dehors de la monnaie).
- L'échéance : plus l'échéance est lointaine, plus l'option vaut cher (plus de temps = plus de chances que le scénario favorable se produise).
- La volatilité : plus l'action a un comportement volatil, plus la prime est élevée. C'est intuitif : une option sur Tesla coûte plus cher qu'une option équivalente sur Coca-Cola.
- Le taux sans risque : effet marginal pour des échéances courtes. Devient significatif pour des options à plus d'un an.
Pourquoi tout le monde n'utilise pas les options
Si tout cela est si compréhensible, pourquoi seuls 3 % des particuliers français y touchent ? Trois raisons.
1. La barrière culturelle. Les options sont nées et se sont développées sur le marché américain. Les ressources en français sont rares, souvent traduites de l'anglais à la va-vite.
2. La barrière technique. Tous les courtiers français ne donnent pas accès aux options. Il faut souvent un compte-titres ordinaire chez un courtier international (Interactive Brokers, Saxo) et une autorisation explicite à demander.
3. La barrière psychologique. L'image collective associe options à « risque ». Cette image vient d'usages spéculatifs (acheter des options pour parier sur une explosion de cours), pas de l'instrument lui-même. Vendre des options sur des actions qu'on possède est une activité parfaitement défensive — elle est même plus conservatrice qu'acheter directement les actions sans rien vendre.
En résumé
Une option, c'est un contrat à durée limitée qui donne un droit. Il y a deux familles (calls, puts) et deux postures (acheter, vendre). La prime est le prix du droit. Le strike est le prix d'exercice. L'échéance est la durée de vie du contrat.
Le reste — la formule de Black-Scholes, les grecques (delta, gamma, theta, vega), les stratégies combinées — est de l'élaboration sur cette base. Mais le socle, c'est ces six concepts. Les maîtriser, c'est déjà comprendre 80 % de ce qui se passe sur le marché des options.
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